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dimanche 4 décembre 2011

La Femme en Cosaquerie

ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 04 décembre 2011



Aujourd'hui, le 04 décembre, c'est dans la tradition cosaque, la fête de la femme! Bonne fête à toutes nos KAZATCHKI!




Un dicton cosaque que m'a apprit mon frère Cosaque Sergueï A. dit : "Si les Cosaques sont le fer de la lance, leurs femmes en sont la hampe."

Ce proverbe sous entend que le cosaque est l'avant garde de toute armée lors de toute offensive (la pointe de la lance en somme qui est la première à frapper, l'élite militaire), mais que les femmes de cosaques en sont l'arrière garde, la logistique, la force cachée sur quoi repose la force militaire cosaque...

Tantôt Femmes, tantôt Mères, parfois guerrières, elles aidaient sans faillir à l'arrière, veillant à l'approvisionnement des hommes, à la fabrication de divers matériels, aux soins des blessés, et étaient quelques fois le dernier rempart des stanitsas en cas d'attaque! Nous sommes là, bien loin de l'image réductrice de la Femme, celle ci étant sur un véritable pied d'égalité avec l'homme dans la culture cosaque (rappelons que la cosaquerie fut parmi les premiers peuples à donner le droit de vote aux Femmes!)

A l'Honneur donc, quelques photos de Femmes Cosaques d'hier et d'aujourd'hui:

Helena Chorba, Femme de Cosaque, elle se porta volontaire pour combattre ce qui lui fut d'abord refusé. Puis elle a servi sous le nom Mikhail Chorba (un nom d'homme)...On lui a attribué avec les Croix de St George de 3ième et 4ième Classe et la Médaille de St George de 2ième, 3ième et 4ième Classe.



Récolte de la laine de mouton par les femmes de cosaques du village Tsymlyanskaya (cosaques du Don)en 1875-1876

Femmes cosaques de l'Amour apprenant à manier la carabine. Il était courant pour la femme cosaque de devoir faire usage de fusil, notamment pour chasser quelques petits gibiers, ou défendre la stanitsa (commune/village) durant l'absence des hommes...

 Femmes de cosaques aisés dont une Femme Cosaque , Helena Chorba (en tenue règlementaire au centre) de la Stanitsa Nekrassovskaya au Kouban. Il est arrivée à travers l'histoire cosaque, que les femmes prennent part aux combats à côté même de leurs maris...

 "Comment la femme de l'Ataman Poltenko porta secours aux cosaques blessés sur le champ de bataille". (gravure issue du "Le Petit Journal "- Supplément Illustré Numéro 1299 - 1915). Grand nombre de femmes de cosaques avaient fait des études (ce qui était rare en Russie à l'époque) et servaient en temps de guerre comme aide soignante ou infirmières.


 Yulia Tkachenko, Femme ET Ataman des cosaques de Makhra actuellement - Région d'Alexandrov


samedi 1 octobre 2011

Le chameau de Bactriane, et les cosaques

 ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 01 octobre 2011

Animal emblématique des milieux semi-arides steppiques, le chameau de Bactriane et ses cousins ont toujours fait partie du paysage et du mode de vie de nombreuses peuplades nomades et semi nomades, y compris des cosaques, et plus particulièrement de ceux vivant dans la région de l'Oural à la porte des grandes steppes Kazakhs.  C'est en particulier l'un des animaux que je préfère avec le faucon et le cheval (bashkir oblige me direz vous...)

A l'image du renne dans le Grand Nord, le chameau est un animal à tout faire pour le nomade, de l'animal de travail à l'apport de moyens de subsistances essentielles dans un milieu rude comme l'est la steppe. En cosaquerie, sa domestication est de toute évidence dû à la forte composante ancienne de bashkirs et autres nomades (Kalmouk)  au cour de l’ethnogenèse des peuples cosaques...


Des cosaques d'Orenbourg (la ville d'origine mon arrière grand père) au travail avec des chameaux de Bactriane fin 19ième siècle. Peu connu de la masse populaire, il faut savoir que les cosaques de l'Oural et d'Orenbourg qui comptaient une grande majorité de nomades Bashkirs, tatars ou bien encore Kalmouks dans leurs rangs, faisaient grand usage de l'animal. L'animal servait notamment aux musiciens lors des sorties régimentaires pour communiquer les ordres.
 

Idéal pour la survie en milieu rude, Le chameau permet de produire:

-du lait, l'un des plus riches en vitamines qu'il soit du règne animal et très digeste pour l'humain qui plus est,
-de la laine, l'une des plus chaudes qu'il soit. On la tisse ou la file, pour faire des cordes, des tapis, des vêtements, des semelles de feutre, du feutre pour la yourte(...)
-du cuir, le cuir du chameau étant un cuir épais et résistant,
-de la viande pour nourrir la famille,
-des os pour faire des outils et objets artistiques divers,
-de la graisse (contenue dans la bosse) qui pouvait nourrir une famille tout un hiver
-de sa bouse, on fait l'argal dit aussi kiziak chez les bashkirs-cosaques (bûche de bouse séchée pour le poêle)
(...)

 Ma personne avec un  Bactriane. Au garrot, près d'1M80 : Un petit mâle. Notez la grosseur de la tête et les spécificités : narines fermantes, grands cils aux yeux, des caractéristiques faite pour survivre aux tempêtes de sable...Grosses lèvres durs, pour pouvoir manger de tout y compris les arbustes épineux...

 Ma personne remettant le licol. J'aime beaucoup le chameau de Bactriane : un animal robuste, humble, endurant...Ma famille, des Bashkirs (servant dans les Cosaques) en possédaient plusieurs dans leur cheptel. J'ai pu apprendre à les dresser et les monter avec mon grand-oncle Myrt,reparti vivre au pays en 1998 et qui finit sa vie au Kazakhstan en 2008...

Les soviétiques faisaient grand cas du chameau de Bactriane et avaient montés des patrouilles avec cet animal. Ils lui firent passer également une grande série de tests, impressionnés par ses capacités d'adaptation et de résistance. C'est ainsi qu'on a appris que le chameau de Bactriane pouvait survivre à des températures de -50° à plus de 4000m d'altitude et rester 3 semaines sans manger malgré des températures très basses.

Plus court sur pattes que le dromadaire, et plus trapu que le dromadaire africain, sa physionomie a fait qu'il supporte à la fois les fortes chaleurs et les grands froids, dont les grands écarts d'amplitudes thermiques typiques de la steppe et des déserts des plateaux d'Asie Centrale, tout en restant très longuement sans manger (d'où d'ailleurs ses deux bosses fournissant la graisse nécessaire pour l'alimenter à la fois en lipide essentiel pour lutter contre le froid, et produisant également grâce à un mécanisme complexe, de l'eau!!!).

Par ailleurs, le Bactriane et ses nombreux cousins à deux bosses peuplant toute l'Asie Centrale ont également développé des lèvres épaisses leur permettant de se nourrir des rares plantes de la steppe, très souvent très rigides ou pourvu d'épines pour se protéger des "prédateurs".

Le chameau prévient la tempête : lorsque va arriver une tempête de sable ou de neige, le chameau de Bactriane est un bon indicateur car il la sent longtemps à l'avance. Le troupeau se regroupe alors dans le coin à priori le mieux protégé (selon eux...) et se couchent alors en attendant que ça passe. Une bonne demi-heure, voir une heure plus tard, la tempête arrive à coup sûre!




Pourquoi le chameau est il toujours mélancolique? L'histoire du chameau et du Cerf

Un petit conte nomade raconte pourquoi le chameau regarde toujours l'horizon d'un air mélancolique. Il est dit que le jour de la création, le Créateur dans le Ciel avait doté le chameau de bois sur sa tête. Plaisant ainsi aux Dames chamelles, le chameau avait alors beaucoup de compagnes. Le cerf étant tout seul, demanda un jour au chameau s'il pouvait lui prêter ses bois pour lui aussi trouver une compagne. Le chameau, altruiste et plein de compassion envers le cerf, lui prêta volontiers ses bois en lui demandant de lui ramener plus tard. Le cerf partit alors au loin avec ses bois, bien fier. Le chameau le regardait. Plusieurs jours passèrent. Plus de nouvelles du cerf. Ce dernier avait décidé de garder les bois pour lui! Depuis, le chameau scrute toujours l'horizon à la recherche du cerf en espérant mélancoliquement le voir revenir un jour...

mercredi 28 septembre 2011

Abri de survie : la cape cosaque


ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 28 septembre 2011

Dans la série des abris de fortune utilisés dans la culture cosaque "vie sauvage", je vous présente aujourd'hui un matériel qui ne date pas d'hier, et qui n'est certes pas "ultra light", mais d'une grande rusticité et polyvalence : Le ou la(1) plashch palatka.

Campement "à l'ancienne", sous plashch palatka avec matos "trad"
Plashch palatka signifie en russe "tente-manteau".

плащ (plashch) : Manteau
палатка (palatka) : Tente 

La plashch palatka est un poncho de grande dimension (2m80 à la base pour 1m70 de hauteur environ(2)), fait de coton canevas imprégné (parfois de polycoton) et équipé d'1, 2, 3 ou 5 œillets en métal, de fermoirs avec des boutons, et d'un lacet de fermeture de capuche. Le tout pèse environ 1,3KG. Sa couleur est généralement kaki ou olive. Il en existe dans d'autres coloris...
 
 Ce sont les soviétiques qui la rendirent populaires en équipant leur armée de ce poncho pour tous ses soldats de l'union soviétique (Pologne, pays baltes, Russie, Biélorussie, Tchécoslovaquie...) et qui fut un véritable outil polyvalent de survie, notamment pour tous ceux qui combattirent sur le front durant la Grande Guerre et ses rudes hivers...Abandonnés fin des années 80 pour être remplacée par sa concurrente, la plashch de forme carré, qui cohabitait avec la triangulaire depuis une cinquantaine d'année...

Plashch palatka en configuration poncho, la capuche poussée en arrière. Cette cape isole bien de la pluie qui ne traverse pas du tout même sous une pluie battante et dans la durée, ce qui est pratique, notamment à cheval.
Le montage en tente nécessite 4 éléments :

-la Plashch palatka elle même,
-un bâton (ou le sabre anciennement!) d'environ 1m à 1m20
-une cordelette d'1m
-des piquets en aluminium (au moins 5, bien que ceux ci peuvent aisément se fabriquer sur le terrain!)

Temps de montage : 3min environ pour 1 personne habitué. 5 à 6min pour les moins rapides!

Avantages : Rapide à monter. Côtés ouverts pour la surveillance. Rapide à démonter. Peut être très discret en milieu forestier. multi-usage (tente, poncho, sac...), très résistant, pas cher.

Inconvénients : Ses seuls défauts à mes yeux sont ceux de ses qualités : puisque résistante, un peu lourde (1,3KG en moyenne), elle met également du temps à sécher après les fortes pluies (bien qu'on en sente pas trop les effets en dessous).

Montage en images de la plashch palatka


Mon "ensemble" roulé que je porte en bandoulière : Ici un petit tapis, une peau de mouton, la plashch palatka.
On fixe son bâton dans le sol (bâton de marche, morceau de bois trouvé ça et là...de la hauteur d'environ 1m à 1m20). On pose ensuite le petit capuchon de la plashch sur le bâton pour la faire tenir..
Puis on fait le tour pour mettre des piquets (sardines alu, titane, improvisées en bois...au choix!).

On vient tendre une cordelette du bâton au sol devant la plashch pour avoir une demi-tente sous tension et ainsi gagner en volume! On pensera avant à bien fermer les boutons des passages des bras pour éviter l'eau de s'infiltrer s'il pleut...

Une fois le montage fini, j'ai pour habitude de monter un réflecteur pour le feu à 1M de la plashch. La plashch a son tour agit comme réflecteur et me garde bien au chaud!

Rustique? Un mot inventé par les Russes?

Un jour, un ami officier de l'Armée de Terre française me dit en souriant "Mais rustique, c'est un mot russe non?

En effet, bien des matériels développés et fabriqués en Russie correspondent bien à cette dénomination de rusticité, tant ils sont simples d'utilisation, polyvalent et surtout résistants dans le temps et à l'usage. La plashch palatka est en total adéquation avec cet adjectif,de "rustique"! Pourtant, la plashch palatka ne serait pas soviétique...mais peut être bien Cosaque, voir nomade! Son origine est assez incertaine, vous l'aurez compris...Bien que...

L'origine de la plashch palatka : une invention cosaque

Les plus chauvins d'entre nous (je parles des cosaques) prétendent que la plashch palatka est clairement inspirée(3) de la cape nommée burka (long manteau cape de mouton) et du bashlyk (capuchon à manche) que les cosaques caucasiens portent. Aucun élément concret historique ne permet cependant de valider cette hypothèse, d'autant plus que la burka et bashlyk font deux pièces, tandis que la plashch palatka n'en sont qu'une!

Par contre, une telle cape en tant que "tente-manteau" existait déjà dans l'Ost des Cosaques de l'Oural dès le 17ième siècle, comme vous pouvez le voir sur cette gravure du 19ième siècle représentant des Cosaques de l'Orenbourg. On aperçoit clairement la grande cape cavalière dite à l'époque, "cape tatare". Déjà en ces temps, cette même cape cavalière servait de couchage de survie en bivouac, de tente improvisée en camp fixe ou bien encore de poncho contre la pluie ou la neige lors des longues chevauchées...La largeur de la cape permettait entre autre de couvrir le cheval et de protéger le matériel arnaché à la selle. La plashch palatka réglementaire soviétique plus de deux cents ans plus tard tirerait bien son origine de là!


Petite anecdote : Équipé de mon kit feu , ma gourde en métal et d'un kinjal autour de la ceinture, d'une petite peau de mouton, d'un tout petit chaudron en cuivre le tout rentré dans ma plashch palatka roulée et ficelée en configuration "sac en bandoulière", ma papakha sur le tête, j'ai fait une marche éclaireur de 180km en trois jours et demi! Configuration de 6kg250 pour un matériel à tout épreuve qui ont fait leur preuve au cours du temps! Nous avons eu un temps très hétéroclite, à savoir très forte chaleur, puis orages violents et enfin pluies continues sur une journée!

Bivouac façon old school sous plashch palatka. Un confort agréable dans un esprit traditionnel proche de la nature. Le grand air, feu, le ciel au dessus de nos tête, à boire et des amis autour du feu, que demander de plus!

Une grande polyvalence

Quelque soit son origine (...ouralienne, bien évidemment Wink ), il s'avère que la plashch palatka est véritablement un outil de survie polyvalent. Ce vêtement sert aussi bien de sac à dos en bandoulière, de poncho, que demi tente pour le bivouac, de couverture, de sursac (pour protéger son SDC du feu, de la pluie par exemple), et lorsqu'on en a deux, on a la possibilité de les monter en tente à un mât (type tente nordique, à l'image du lavuu nordique, ou la tente du tabor(4)cosaque) pour y abriter deux à trois personnes (en passant, le feu ne se voit pas à l'intérieur en configuration tente à un mât, discrétion garantie!).

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Toujours avec deux plashch palatka, il est possible d'en monter une en demi-tente tandis que l'autre est montée en réflecteur pour le feu!

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A cheval, c'est idéal par mauvais temps car ça couvre une partie de la croupe, de la selle et vos jambes. C'est facile à transporter roulé en fixant la plashch palatka à la selle...

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Et avec un peu d'imagination et de technicité, on transforme rapidement sa plashch palatka en pulka ou en luge improvisée, ou en brancard d'évacuation pour blessé!

Sa résistance est à tout épreuve : traverser un mur de feu, se cacher en dessous à même le sol sous une pluie diluvienne, montée en tente sous un fort vent, passer à travers un champ de ronces...autant d'expériences engagées vécues où ma plashch palatka m'a suivit sans faillir, là où bien des poncho vynil et des tarps ultra light auraient rendu l'âme!

Son rapport poids/solidité/polyvalence/prix assez intéressante pour de l'engagé dans la Nature. Et les amoureux du "old school" et vie en pleine nature qui sont allergiques aux tarps synthétiques ultra-modernes y trouveront clairement leur bonheur...

À l'achat, veillez à prendre une plashch palatka issue du déstockage soviétique car elles sont de bonne manufacture (couture, bouton, œillets en métal) contrairement aux pâles copies de piètre qualité (œillets en plastique ou aluminium fragile , couture fragile, bouton cassant;..). On trouve également des plashch palatka en provenance de Pologne, d'Ukraine et Biélorussie, mais ce ne sont que des copies de l'original, en moindre qualité. Une plashch coute entre 10 et 30€ environ selon les revendeurs...





Notes :

(1) plaSHCH : on trouve pas mal d'orthographe au sujet de la plashch palatka. Pour commencer, en russe tout se prononce. Ensuite, à la traduction littérale du cyrillique, on a "Shch(a)" pour la lettre щ . l'écriture correcte de la tente-manteau est donc plashch et non platsch, plach, plasch ou ne je sais quoi encore comme on peut en trouver sur le web et dans bien des ouvrages. On peut en français indifféremment dire la ou le plashch palatka, mais le terme est féminin en Russe.

(2) : les dimensions varient. L'ancien standard était de 1m70X1m70. Il existe un plus grand modèle sortie dans les années 1980 et un petit modèle cheap des années 1990 juste avant le burn out du soviétisme...

(3) : Devant la polyvalence et la rusticité du matériel cosaque, de nombreux éléments au cours de l'histoire ont été adopté ou adapté pour l'armée impériale russe puis bolchévique. Citons le sabre shashka par exemple la cavalerie russe puis soviétique ou le kit à briquet à percussion d'abord en usage chez les cosaques de Transbaïkalie puis pour les soldats russes de cette région...

(4) : Tabor : mort turco-mongol signifiant à l'origine charriot, puis caravane (sous entendu caravane de charriots tirés par des chevaux, des chameaux ou des bœufs par exemple). Par la suite, ce terme usité chez les cosaques devint le nom d'un technique de défense à l'image du corral du far-ouest américain. Tabor désigne également le camp de tente en cosaquerie par extension, notamment la tente un mât. Il existe encore bien d'autres termes pour désigner la tente trad en fonction des lieux et ethnies...

samedi 17 septembre 2011

Les "3 trésors" ou les 3 types d'arbres à connaitre en forêt boréale pour survivre

 ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 17 septembre 2011
 
Les "3 trésors", ou les 3 types d'arbres à connaitre en forêt

On dit chez moi dans la tradition bashkir qu'il y a 3 arbres (ou plutôt 3 groupements d'arbres) qu'il faut connaitre pour savoir et surtout pouvoir survivre en forêt boréale:

-les conifères (on cite volontiers les pins et mélèzes)
-le bouleau (on préfèrera le bouleau à papier)
-le saule (tout type de saule...)

On les appelle les "3 trésors" selon la tradition bashkir (je rappelle que je suis d'origine cosaque, des bashkirs cosaquisés) parce que connaitre ces arbres vous assure d'avoir suffisamment de ressources pour survivre en forêt: alimentation, pharmacopée, construction, feu...


Les conifères

Servant de bois de chauffe et de construction, ils ont de multiples utilités:

-utilisation pour le feu par friction ( peu pratiqué en réalité par chez moi, dans l'Oural. On lui préfère la percussion)

-utilisation en alimentation: les racines à commencer, même valeur nutritionnel que le céleri (glucides notamment), le cambium (la partie vivante sous l'écorce) servait à mélanger avec de la farine classique,et les pignons (bien que petits...) apportent aussi une source alimentaire non négligeable (environ 680Kcal au 100gr, qui dit mieux?)! Enfin, les bourgeons et la sèves servaient à faire des "douceurs" et les aiguilles peuvent être utilisées pour faire une infusion et en extraire ainsi la vitamine C (pas d'ébullition, la vitamine C ne supporte pas les fortes températures!)

-utilisation en pharmacopée: les tanins des écorces en décoction pour lutter contre les diarrhées, les aiguilles en infusion pour lutter contre les infections de la gorge et le scorbuts, la sève pour désinfecter et cicatriser les petites plaies.

-utilisation diverses: parfois, les écorces étaient utilisées pour tanner des peaux. Le procéder de fumage lui était cependant largement préféré. Les jeunes branches souples servaient parfois à faire des cadres pour tendre les peaux, ou les rameaux à fabriquer des balais. On faisait également de la colle mastique avec la sève, en mélangeant charbon/sève/graisse.


Le bouleau

Servant de bois de chauffe et de construction également, il a de multiples utilisations:

-utilisation pour le feu: son plus grand trésor! Son écorce saturé en huile, est un bon combustible pour le feu, même humide. Son papier très fin est un excellent initiateur!

-utilisation en alimentation: On récolte sa légendaire "eau de bouleau" à la fonte des neiges lors des premières montées de sève. Diurétique à forte dose, mais très sucrée, on lui porte des propriétés nettoyantes de l'organisme. Les jeunes feuilles se consomment également, à petites doses car diurétiques également. Le cambium était utilisé en situation de famille pour faire de la farine.

-utilisation en pharmacopée: La pélicule de la mue de bouleau (le papier très fin) est utilisée pour faire des pansements (combinés à la sève antiseptique d'un conifère par exemple). L'eau de bouleau est utilisée après une indigestion pour éliminer le "mauvais". La cendre de bouleau est utilisée chez nous pour faire du savon et laver le linge.

-utilisation diverses: les écorces étaient utilisées fabriquer des canots, des boites, de la colle et j'en passe!


Le saule

Présent partout où il y a de l'eau, il figure parmi les arbres à connaitre également, 3eme compère des 3 trésors ouraliens:

-utilisation pour l'eau: là où il pousse, de l'eau tu trouveras...

-utilisation en alimentation: Le cambium était utilisé en situation de famine pour faire de la farine.

-utilisation en pharmacopée: Possédant les mêmes propriétés que l'aspirine, on utilisait les feuilles pour faire baisser la fièvre en infusion, pour lutter contre la douleur. Un ancien bashkir m'avait expliqué qu'il mâchait deux à trois feuilles en même temps pour avoir de la mousse en bouche, et calmer ainsi ses maux de dents! Il recrachait les restes de feuilles ensuite. (Attention: fluidifiant du sang, à ne pas utiliser en cas d’hémorragie). On utilisait aussi l'écorce à cet effet, en décoction.

-utilisation diverses: On fabrique tout un tas de truc avec le saule, grâce à sa flexibilité (vannerie, nasses, canne à pêche, déclencheur, raquette de survie aussi parfois..). Ses écorces sont parfois utilisées pour faire du cordage. Les feules "argentées" sont utilisées pour confectionner des leurres pour la pêche.


Voilà, je vous ai fait un topo sur ces 3 trésors, entrainez vous à les reconnaitre et à vous en servir!Sait on jamais, pourraient ils vous aider à préserver votre trésor le plus précieux: Votre vie! 

Amical partage, John C

jeudi 1 septembre 2011

Abri de survie : le nid d'aigle

ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 01 septembre 2011 - EDIT décembre 2013

Dans la série des abris de fortune utilisés dans la culture cosaque "vie sauvage", je vous présente aujourd'hui le nid d'aigle

 Nid d'aigle cosaque sur la ligne du Caucase en 1915


Il se compose de 3 éléments :

-un tas de branchages posés en vrac(le seul élément indispensable!)
-une peau de mouton (en tapis de sol)
-une cape ou couverture en laine (pour se couvrir la nuit ou se protéger de la pluie)

Temps de construction : 15min environ pour 1 personne

Avantages : Rapide à construire sans matériel. Côtés ouverts et en hauteur pour la surveillance. Peut être très discret en milieu forestier. Permet d'avoir les pieds au sec dans les zones humides.

Inconvénients : Coté et toit ouverts. Ne retient pas la chaleur.

Il s'agit d'une paillasse (ou plateforme) posée entre les arbres afin d'avoir les pieds au sec. Originellement, il est utilisé dans les zones humides nommées "champs sauvages autrefois par les cosaques, c'est à dire les marais des rivières et fleuves du Sud de l'actuelle Russie. Par la suite, il fut utilisé comme poste d'affût et tour de garde de fortune. Les anciens disent d'après la tradition orale que cet abri trouve son origine dans les laissés en bois flottés des crues, d'autres disent que l'idée de faire un tel abri est venue de l'observation des grands oiseaux de cette région, notamment les aigles...


Le nid d'aigle est très simple à construire : ensemble de branchages entrelacés et déposés en force entre les arbres ou leurs branches. On commence par un ensemble en "étoile" de gros branchages, pour aller progressivement vers du bois de plus en plus petits. Le tout se tassant, fait office de paillasse. On peut y mettre des feuillages et herbages à convenance.

L'idéal est de le mettre en hauteur. Plus il sera haut, plus il sera discret sous la canopée. Et meilleure sera la vue!

Le nid étant épais, peu de convection par dessous. L'ensemble de branchages emprisonne de l'air...

L'oiseau est dans le nid! Pour une meilleure isolation et protection contre les éléments, il est possible de monter un toit avec une bâche ou autre, mais on perd un peu de la visibilité et la discrétion. Traditionnellement, le cosaque usait de son tapis de selle (feutre, peau de mouton) pour s'asseoir, d'une couverture en laine pour se couvrir et/ou de la cape cosaque pour s'abriter de la pluie!



vendredi 1 octobre 2010

De la question du Sistema comme Art martial cosaque?

 ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 01 octobre 2010

De la question du Sistema comme Art martial des cosaques : Dans le monde des arts martiaux et sports de combat, il y a UNE discipline en particulier qui se réclame de l'héritage martial officiel des cosaques de nos jours, il s'agit du sistema (écrit aussi systema), un art martial russe se réclamant d'être l'art martial russe authentique d'un coté, et de l'autre comme étant le système de formation des forces spéciales soviétiques puis russes et par extension cosaques. 

Historiquement parlant, le sistema a été confectionné à partir de divers savoirs dont les influences extrêmes orientales sont aisées à déceler pour un connaisseur averti, à l'image du sambo qui plonge ses racines dans le Judo japonais du Maitre Jigoro Kano avant de s'enrichir des divers savoirs de luttes traditionnelles des différents pays formant l'URSS. Concernant l'influence potentiellement cosaque, il est vrai que le sistema inclue quelques savoirs et techniques vaguement d'origines cosaques, pensons au maniement du shashka ou du nagaïka pour ne citer que ceux là.

Pourtant, rien dans la genèse de cet art permet de remonter leur filiation jusqu'aux arts martiaux traditionnels cosaques. Mais d'où viennent alors ces techniques cosaques?

Après la guerre civile puis, la loi de décosaquisation sous Staline, de nombreux cosaques avaient soit péri, soit fuit vers d'autres horizons en exile. Peu à peu la Russie se vida de ses Cosaques (au sens propre du terme) pour laisser place aux soviétiques. Puis, suite à des besoins militaires et stratégiques dans les années 1940-1942, Staline remonta de toutes pièces des escadrons de cavalerie cosaques : C'est ce qu'on appelle les cosaques de Staline ou cosaques soviétiques. Ceux ci furent affublés de tenues et d'équipement cosaques mais éduqués à la manière soviétique avec tout ce que cela comporte. Parmi eux, bien entendu, figuraient des descendants de cosaques, mais qui en une génération depuis 1917-1920, avaient perdu grand nombre de leurs savoirs martiaux. Ceux ci saisir la belle occasion de nouveau de "revivre", même au prix du formatage soviétique (et qui pourrait les blâmer?). Plus de 75 années plus tard, l'éclatement de l'URSS marque la fin du soviétisme et favorise le renouveau cosaque, lancé en grande partie par ces héritiers de la cosaquerie soviétique, mais dont profiterons également les restes de l'ancienne cosaquerie, reconnaissons le. En parallèle, le sistema apparaît aux yeux du grand public un peu à la même époque.

Si cette discipline peut se réclamer d'une chose au sujet de la question cosaque, peut être s'agit il du lien avec ces cosaques soviétiques. Pour comprendre ce lien, prenons en considération qu'après la fin de l'ère soviétique, un nouveau pays émergea (la Fédération du Russie), et tentant de se relever d'une triste période. De nombreuses personnes pour survivre se lancèrent alors dans de diverses domaines, notamment dans la formation paramilitaire et le mercenariat, la vente d'armes et même les arts martiaux en profitant de la réputation des armes et guerriers "made in sovietica" dans l'optique bien entendu de ramener le plus d'argent possible. Basé sur le principe que le silence des soixante-quinze années soviétiques permit au final de réécrire l'histoire à qui le voulait pour en tirer profit, de nombreuses structures apparurent dans les années 1992 à 2000. 


Le sistema public notamment est une apparition de ces époques, mêlant pour le coup diverses influences martiales et reposant sur l'aspect "vrai combat des forces spéciales" vendeur et combiné à des savoirs ancestraux pour légitimer son existence ancienne aux yeux de tous. Il faut cependant reconnaitre que la récupération "de savoirs dits ancestraux" actuellement dans bien des arts martiaux n'est qu'une manoeuvre de propagande nationaliste pour attirer encore plus de "clients martiaux" potentiels dans un pays qui après 75 années de soviétisme recherchait ses marques, le cocktail (oserai-je dire Molotoff?) du paramilitaire et du nationalisme étant une manière aussi de reconquérir une jeunesse désillusionnée. Les cosaques soviétiques, n'ayant connu que celà à l'Est, et ne possédant pas d'autres repères, gardèrent donc les systèmes de formation militaires soviétiques (renommé systema pour le grand public!) comme étant leur art martial cosaque...

En conclusion, Il est donc correct de dire que le sistema comporte quelques éléments de cosaquerie martiale (ceux de l'ex-armée de cosaques soviétiques notamment), mais il est erroné de penser que c'est LE seul et surtout AUTHENTIQUE Art martial cosaque.
Ce qui est enseigné dans notre ecole n'est donc en aucun cas du sistema ou tout autre art martial ou sport de combat d'origine russe. Ce sont les véritables arts martiaux traditionnels des Cosaques. Notons toutefois que le sistema a servi de base d'entrainement martial à certains groupements cosaques modernes en recherche d'un système efficace, pensons aux cosaques de Sibérie par exemple (siberian cossack sistema) et en ont adapté le programme à leurs besoins...

Les arts martiaux cosaques : une longue existence dans l'histoire de l'Empire russe et au delà!

Ce qui a fait la renommée guerrière de nos peuplades, c'est précisément notre maestria martiale à pied, en cavalier et sur mer...Avant-gardiste, les cosaques furent parmi les premiers à développer des procédures de récupérations de blessés au combat. Parmi les premiers à porter une grande attention aux secours opérationnels. parmi les premiers à codifier le métier de garde du corps (pensons notamment au corps de garde impériale, exclusivement composé de cosaques!). Les stratagèmes et tactiques utilisaient autrefois par les troupes de choc cosaques, nommées plastounes sont à l'heure actuelle redécouvertes, voir utilisées dans les forces spéciales du monde entier, notamment en matière de guérilla, de harcèlement ou de guerre psychologique...Et j'en passe...Si nous prenons en compte notre ethnogenèse, de l'histoire des protocosaques aux cosaques d'avant la guerre civile russe jusqu'à nos jours : les arts martiaux cosaques ont près de 1200 ans d'histoire, soit bien avant l'ère soviétique et l'existence même du sistema

Manuel des formations de la garde impériale cosaque. Codification martiale de 1891 sur la base du manuel des cosaques d'Orenbourg de 1830. Ici, instruction au sabre shashka.
Extrait du manuel de formation martiale cosaque de 1891. Les cosaques faisaient grand cas de la préparation physique et notamment de la gymnastique. La gymnastique mondiale héritera de certaines "figures", comme l'équilibre cosaque, le squat cosaque voir même du travail au cheval d’arçon!

Carte postale éditée en France vers les années 1900. Elle montre des cosaques du Don à l'entrainement au sabre. Très vite, à l'image des japonais avec le Kendo, les cosaques firent usage de protections pour permettre les assauts libres sans blesser irrémédiablement le partenaire...

Cosaques du Don à l'entrainement au sabre sashka fin 20eme siècle. La configuration de pratique n'est sans rappeller celle des arts martiaux asiatiques...

Années 1899. Instruction au sabre sashka pour ces nouvelles recrues venant rejoindre les cosaques!

Pour ceux et celle souhaitant connaitre les authentiques arts martiaux cosaques, 2 sites de référence :

http://dikoepole.com/ LE site de référence sur la culture traditionnelle cosaque, dont les arts martiaux sont un pilier. (Vous m'y retrouverez d'ailleurs...bannière de mon école d'arts martiaux cosaques et bannière de mon école de survie en lien notamment...)

Et ma modeste école, unique représentant officiel actuellement des arts martiaux cosaques en France dans la lignée traditionnelle et authentique de nos savoirs martiaux : http://cossacksmartialart.jimdo.com/


 Une pensée à mes Anciens...

mercredi 16 décembre 2009

A l'école des éclaireurs pisteurs cosaques!

ARTICLE DE L'ANCIEN BLOG en date du 16 décembre 2009

A l'école des éclaireurs pisteurs cosaques!

Parmi les sciences guerrières de la culture cosaque, l'une des plus pointues et intéressantes mais pas la plus connue est incontestablement la science du pistage. En effet, les cosaques ont toujours eu une très bonne réputation d'éclaireurs, et parmi ceux ci, quelques uns(1) furent d'excellents pisteurs, notamment dans pour la chasse ou pour contrôler la ligne du front du Caucase en leur temps. Dans ce petit article, nous allons passer en revue l'origine et les spécificités des traditions d'éclaireurs pisteurs cosaques en passionné du pistage que je suis (exercant moi-même le métier et ayant eu contact avec d'autres traditions dans le domaine, dont japonaises).


Une brève histoire des cosaques

La tradition du pisteur en cosaquerie remonte à des temps immémoriaux (non en faite(2), pas si loin que ça : dans les environs du 15eme siècle!) suite à l’ethnogenèse des peuplades cosaques. Ces dernières trouvent leur origine dans les descendants des varègues, vikings descendus par les fleuves et rivières s'étant installés des comptoirs commerciaux en Ukraine, et dans le Sud de la Russie au cours du 8eme et 9eme siècle. Avec le temps, ils se sont métissés aux locaux, principalement des tatars, et donneront ce qu'on appelle des proto-cosaques. Par la suite, ils seront rejoins par une multitude d'esclaves fuyant le servage, et des diverses peuplades nomades avides de liberté. On distinguera alors 4 grands créations de "peuplades" spontanées : Les cosaques du sud de l'Ukraine (futurs cosaques zaporogues), les cosaques du Don, les cosaques du Terek et les cosaques de l'Oural. Ces sont ces mêmes peuplades qui donneront naissances bien plus tard aux  futures armées peuples de l'Armée impériale russe si bien connue en occident! L'ensemble des savoirs de vie sur le terrain de ces peuplades métissées est à l'origine même de la science du pistage chez les cosaques. C'est bien entendu très raccourci, l'histoire d'un peuple ne pouvant reposer sur quelques lignes...


Territoires cosaques en 1914

Le cosaque est un Homme de la Nature : Le pistage de chasse

Héritiers des nombreuses peuplades ancestrales les composant, le pistage est de manière générale une discipline pratiquée par tout bon cosaque digne de ce nom, le cosaque étant avant tout autre chose un Homme de la Nature. C'est donc tout petit que le jeune cosaque partant régulièrement à la chasse avec sa famille (pour subvenir à leurs besoins alimentaire), débute son apprentissage du pistage : dénicher les lieux de vie des animaux, savoir qui ils sont et comment ils vivent (habitude de lever et de coucher, lieux de gagnage, comportement type etc...) pour les piéger (héritage des savoirs ancestraux des peuplades de L'Oural comme les Bashkirs, ou de Sibérie), ou les tirer au fusil le cas échéant.


Partie de chasse au cervidé au Kouban, début 20eme siècle

Cette première approche simpliste permet à l'enfant de prendre conscience de son environnement, d'éveiller ses sens (et pas seulement la vue!), tout en commençant à se mouvoir discrètement dans la nature (l'invisibilité est aussi et surtout une question d'état d'esprit...Nous développerons ce sujet prochainement). Ce pistage dans le cadre de la chasse de survie est propre à quasiment toutes les peuplades cosaques, mais les experts en la matière restent incontestablement les anciens cosaques de Sibérie, qui servaient en leur temps de trappeurs pour la couronne impériale en rapportant de  nombreuses fourrures précieuses (hermines, zibelines, castors, loups, renards...). Fait remarquable, notons que plus tard, ces mêmes trappeurs serviront de gardes de parcs naturels en luttant et en traquant les braconniers! C'est d'ailleurs un fait d'actualité(3) en Sibérie orientale présentement. Notons également qu'au cours du 19ème siècle, les cosaques étaient de toutes les expéditions en Sibérie, dans le cadre de recherches naturalistes ou ethnologues, avec des chercheurs français(4) en autre!


Le pistage est à l'origine destiné à la traque animale : trouver des indices de passage pour remonter les pistes jusqu'à la cible.

Dans le cadre de la chasse au fusil, les jeunes apprenaient également à pister au sang, c'est à dire à traquer un animal qu'ils ont tiré (et qui n'est pas mort sur le coup) afin de le ramener au camp pour le conditionner (dépeçage propre pour préserver la peau, vidage, découpe de la viande, récupération des matériaux intéressants tels que les tendons et autres...). Le pistage au sang, outre de suivre les traces d'un animal blessé, fait appel à une capacité psychologique très importante de la discipline, celle de l'empathie, c'est à dire à ressentir ce que l'animal ressent pour se mettre dans sa "peau", comprendre comme il raisonne pour savoir précisément comment  il se déplace, où il va, afin le retrouver efficacement... Par ailleurs,  lors de ces chasses sur d'immenses territoires, l'accent était également mis sur la faculté de l'enfant à retrouver ses pas, pour revenir au camp ou au village, prémisse à l'apprentissage de la traque humaine. 

Le pistage avec chien est assez rare chez les cosaques. Traditionnellement, ce sont surtout les cosaques du Don qui procédaient (procèdent encore) aux battus avec le lévrier barzoï. Ils traquaient principalement le lièvre, mais aussi parfois le loup qui s'attaquaient aux troupeaux.


Retrouver les chevaux

Héritiés de plusieurs coutumes des peuplades nomades (kalmouks, tatares et autres...), les cosaques faisaient grand cas de la capacité à pister les chevaux, pour les retrouver lorsqu'ils fuguaient notamment. C'est ainsi que dès son plus jeune âge, le petit cosaque se devait d'apprendre à traquer un ou plusieurs chevaux, souvent les siens lorsqu'il les gardait dans la steppe et que ceux ci se dérobaient à sa vigilance. Il apprenait ainsi à différencier les différents pas et allures ou bien  les types de ferrure, pour retrouver précisément LE ou LES chevaux fugueurs! Et par la suite en grandissant, il lui était facile de traquer des ennemis à cheval s'infiltrant sur le territoire...

Un "jeune cosaque d'honneur" apprenti pisteur traque des chevaux fugitif. 


De la tradition à la science du pistage au combat : l'Art des éclaireurs pisteurs

Forts de ces habitudes énoncées précédemment (et sans oublier la culture martiale cosaques!), les cosaques à travers le temps ont toujours eu une excellente réputation d'éclaireurs : ils savaient se mouvoir rapidement, trouver et identifier une cible, l'observer, la traquer dans la durée. Dans l'imaginaire du commun des mortels, le cosaque est indissociable du cheval et on pense systématique le cosaque sur son cheval. Pourtant, ce n'était pas le cas : Le cosaque pisteur était aussi bien un éclaireur à pied qu'à cheval. Et  ce furent les cosaques du Kouban et du Terek, qui faisaient grand usage de l'infanterie cosaque (dite de "cosaques à pied") et en particulier de troupes de chocs nommées Plastounes (du russe пластун - plastun : "celui qui rampe").


Groupe d'éclaireurs cosaques (dessin de L.E.Dmitriev 1887)

Section d'éclaireurs plastounes du 1er bataillon de plastounes du Kouban sur la ligne de défense du Caucase. (Anonyme. 1877). Ces cosaques devaient patrouiller discrètement, déceler l'ennemi présent ou passé...


C'est certainement parmi ces plastounes qu'on trouvait les meilleurs spécialistes dans la traque humaine : Ils devaient être les yeux et les oreilles de l'armée, dénicher l'ennemi où il se cachaient,  le harceler, abattre ses têtes (les cosaques du Caucase faisaient grand cas du tir de précision et du pistage des tireurs isolés dans la lutte anti-sniping). C'est cette dimension particulière du pistage, véritable voie de l'excellence qui fait école via la tradition orale de nos jours bien que quelque peu oublié au détriment du simple pistage animalier... Et pourtant, c'était là que le pisteur cosaque gagnait véritablement ses lettres de noblesse, le pistage humain étant la traque la plus difficile à mener  (et la plus captivante en soi!). Celle ci demande des qualités physiques, intellectuelles et psychologiques exceptionnelles, pour ne pas dire rares, et il faut beaucoup de talent et de temps, pour maitriser et appliquer cette science si compliquée (aussi complexe que peut être l'Homme lui même). D'où le fait qu'il y ait si peu d'éclaireur pisteur au sens noble du terme actuellement. Au delà du simple acte de pister un humain, cette discipline  fait entrer son adepte dans un tout autre univers, où la perception de chaque chose, des phénomènes de cause à effet, et de l'Autre ouvrent des portes sur la compréhension même du monde qui nous entoure et de ses moindres aspects...

Dans un prochain article, nous verrons en détails l'apprentissage traditionnel du pistage animalier chez les cosaques (type d'animaux traqués, techniques à proprement parlées etc...), en particulier les savoirs des cosaques trappeurs en Sibérie.





Notes :

(1) : Ceci dit, point important,  tous les cosaques ne sont pas pisteurs. Et tous les pisteurs ne sont pas cosaques! Voilà une réalité importante à prendre en compte! Il existe à travers le monde plusieurs grandes traditions de pisteur (parlons davantage d'éclaireur pisteur). La tradition cosaque en est une (les autres feront l’objet d'un prochain article), se concentrant particulièrement sur l'excellence de la discipline, c'est à dire la traque humaine, science complète maitrisée seulement par une petite poignée...

(2) : Pour se faire valoir, de nombreux arts et traditions se prévalent d'une longue et ancien transmission...c'est traditionnel dans le monde des arts martiaux par exemple...La tradition des éclaireurs pisteurs cosaques actuelle est le résultat d'une longue genèse, d'un processus de maturation qui durera plusieurs siècles jusqu'à aboutir au début du 20eme siècle au sein d'une élite restreinte (dixit : tous les cosaques ne sont pas pisteurs), d'où sa faible diffusion. 

(3) : http://www.liberation.fr/monde/0101146863-aux-portes-de-la-siberie-les-cosaques-veillentressuscitee-en-1991-l-armee-cosaque-tente-de-contrer-l-immigration-clandestine-chinoise Une partie parle de la défense de zone protégée. Dans de nombreux endroits de la Russie, les cosaques sont actuellement employés comme gardiens de zones protégées et participent à la lutte anti-braconnage.

(4) : au sujet des cosaques dans les expéditions lisez pour référence, "voyage en Sibérie" volume 1 et 2. Expéditions menées par un spécialiste français, accompagnés par des cosaques...